africamaat

2- Examen afrocentriste de la réponse d’Amadou H. Bâ

Dans son ouvrage, Amadou H. Bâ, bien qu’il connaisse la tradition africaine, confine l’espace sacré universel aux 3 seules religions monothéistes dites révélées, qu’il rattache toutes les trois au berceau sémitique. De confession musulmane, il va donc naturellement privilégier sa vision religieuse. Ce faisant, sa réponse dénote une méconnaissance totale de l’histoire ancienne africaine (notion d’Humanités Classiques Africaines).

Peu importe les intentions qui les animent où les milieux qui les envois, il convient de constater que nombreux sont ceux qui cherchent à convaincre les Africains que leur continent n’aurait jamais eu à travers l’histoire, ni Envoyé Divin, ni Terre Sainte, ni peuple de croyants, ni Prophète, ni Texte Sacrée, ni Temple, ni prêtre, ni Anges divins négro-africains et ni même de prière divine pour s’adresser au Créateur Céleste avant l’arrivée des envahisseurs étrangers (indo-européens, Juifs, Arabes, Asiatiques…).

Bien que cette idée ridicule soit totalement fantasmagorique (l’Afrique rappelons-le est le berceau de l’humanité), beaucoup de Kamits y croient en raison de leur ignorance chronique et de leur aliénation culturelle surdéveloppée. D’où la facilité avec laquelle ils se projettent dans les visions religieuses extra-africaines.

La philosophie afrocentriste invite tous les Africains y compris ceux de la Diaspora au respect de leurs ancêtres (culture, tradition, vision spirituelle antique) car elle refuse toute idée reposant sur l’adoption et l’imitation de traditions extra-africaines [1]. Ainsi, tout en reconnaissant l’existence de divers courants religieux (bouddhisme, judaïsme, christianisme, islam…), elle affirme que toutes les écritures et toutes les langues sont divines à partir du moment où le bien, la vérité et la justice sont au centre de leurs préoccupations. Par conséquent, l’afrocentricité proclame ceci :

- Les religions dites révélées actuelles ont toutes pour origine l’Afrique ancienne où elles ont puisé leurs idées,

- Toutes les traditions religieuses reposant sur la sagesse, l’ordre et le bien, doivent pouvoir cohabiter et se témoigner d’un profond respect mutuel.

- A ce titre, si nous ne cherchons pas à convaincre ou à convertir quiconque qui ne serait pas d’ascendance kamit, il convient de faire régner une certaine réciprocité.

- Enfin, les Kamits doivent assumer leurs responsabilités, faire preuve d’une grande lucidité et comprendre que la thèse voulant que l’Afrique noire ait point eu de Grand Envoyé et de Prophètes est fondamentalement fausse.

Les propos d’Amadou H. Bâ, relatifs aux religions monothéistes actuelles, doivent faire l’objet d’un éclairage historique, ceci afin de témoigner de la vérité et replacer l’Afrique noire dans le cours de l’histoire universelle.

1.2- Origine des concepts de « Monothéisme » et de « circoncision »

a) La thèse d’une origine sémitique

Amadou H. Bâ fait remonter à Abraham, l’apparition du monothéisme dans l’histoire de l’humanité. Dans la tradition juive, on attribue aussi à ce patriarche des peuples sémites, l’apparition de la circoncision.

Abraham [2]est considéré dans les religions issues du monothéisme comme le patriarche des peuples sémitiques. Originaire de Ur en Chaldée (Mésopotamie), son épopée est contée essentiellement dans le Coran, la Torah et la Bible (Genèse, 11 à 15). Selon les spécialistes, il aurait vécu vers 1 800 avant l’ère chrétienne.

b) L’antériorité africaine

AMON-RA-LE-DIEU-EGYPTIEN

Amon-Râ ou Dieu vu par les Kamits

La tradition spirituelle africaine a proclamé plus de 5 000 ans avant le premier écrit sacré sémite, l’Unicité de Dieu. Vers - 3 000, cette affirmation qui a été écrite sur des feuilles de papyrus, a fait l’originalité des « Textes Sacrés » de l’Afrique ancienne dit « Textes de pyramides ». Nos ancêtres ont donc proclamé les Premiers, l’existence d’une Puissance Divine Unique, inaccessible à l’esprit humain. "Dieu Grand, dont le nom est inconnu…". Ci-joint quelques salutations divines faites à notre Créateur Céleste, issues des « Textes Sacrés africains » :

* Textes des pyramides (formule 456) : "Hommage à toi, l’Unique"

* Textes des Sarcophages : "Atum, son nom est l’Unique"(…) "Dieu, Unique"

* Le Livre des Morts, chap.15 : "Toi, le seigneur ! Toi, l’Unique"

* Hymne à Aton : "Ô toi , le Dieu Unique, à part lequel il n’y en a pas d’autres !".

Cette mise au point atomise la thèse d’un polythéisme africain qui aurait été l’apanage du continent noir. Tous les noms utilisés dans les Textes, à savoir Atum, Amon, Râ, Ptah, ne désignent en réalité qu’un seul et même Dieu :

* Atum : vient de Tem qui signifie « Celui qui contient la totalité de l’univers »

* Amon : vient d’Imen qui signifie « Le Dieu invisible de forme »

* : vient de Rê qui signifie « Le Dieu qui illumine l’humanité et qui se cache dans le soleil » (d’où l’origine de l’auréole de sainteté chrétienne)

* Ptah : vient verbe Pteh (créer) qui signifie « le Créateur ».

Quant à la circoncision, Hérodote, le père de l’histoire occidentale, à révélé à l’humanité l’origine africaine de cette pratique en ces termes [3] :

"Les Colchidiens, les Égyptiens et les Éthiopiens sont les seuls peuples qui aient de tout temps pratiqué la circoncision. Les Phéniciens et les Syriens de Palestine reconnaissent qu’ils tiennent cet usage des Égyptiens ; les Syriens établis dans les vallées du Thermodon et du Parthénios, ainsi que les Macrons leurs voisins, déclarent l’avoir depuis peu emprunté aux Colchidiens.

Voilà les seuls peuples qui aient cet usage, et l’on constate qu’ils observent sur ce point les mêmes règles que les Égyptiens. Des Égyptiens et des Éthiopiens, je ne saurais dire quel est le peuple qui a pris cette coutume à l’autre, car elle est, de toute évidence, des plus anciennes".

circoncision

Ainsi, une gravure réalisée à Kemet dans la tombe de l’architecte royal Ankhmahor nous apprend qu’il a été circoncis dès son plus jeune âge (ce qui ne fut pas le cas d’Abraham vers – 1800). Cet événement à eu lieu 2 300 ans avant l’ère chrétienne et il existe en Afrique des témoignages encore plus ancien de cette pratique authentiquement africaine [4].

2.2- La notion de Textes Sacrés

La Torah, La Bible et le Coran, sont les Textes Sacrés (ou Ecritures Saintes) des trois religions monothéistes actuelles. Ces ouvrages sont assez récents, tout comme les initiateurs sémites qui ont œuvré pour leur rédaction.

Pour l’Afrique ancienne, le mot hiéroglyphe vient du mot grec ἱερογλύφος / hieroglúphos, qui se compose de ἱερός / hierós (« sacré ») et de γλύφειν / glúphein (« graver »), d’où les « Gravures sacrées » selon les grecs. Durant la période gréco-romaine, ce mot désigna « celui qui trace les hiéroglyphes » et non les hiéroglyphes eux-mêmes, qui se disaient τὰ ἱερογλυφικά (γράμματα) / tà hieroglyphiká (grámmata), c’est-à-dire « les (caractères) sacrés gravés » sur les monuments (stèles, temples et tombeaux). Ultérieurement, par un glissement de sens, le mot hiéroglyphes finit par désigner les caractères hiéroglyphiques eux-mêmes. [5].

Cependant, les Africains anciens utilisaient le mot « Medou Neter », à savoir les « Saintes Ecritures », les « Paroles Divines » pour désigner leur écriture et par extension, leurs Textes Sacrés. L’existence d’une Sainte Ecriture sous-tend déjà l’existence en Afrique, d’un Envoyé Divin.

revue-egypt

[6]

Medou Neter

 


 

Références bibliographiques:

[1] Hérodote disait à son époque que les Africains anciens refusaient toutes les traditions issues de l’étranger

[2] En hébreu : אברהם ābraham, à savoir « Père d’une multitude »- en arabe : إبراهيم الخليل Ibrāhīm al-khālil, à savoir « l’Ami privilégié (de Dieu) »

[] CF. Hérodote, Livre II

[4] Cf. Sami A. Aldeeb Abu-Sahlieh, Circoncision, le complot du silence, éd. L’Harmattan, 2003.

[5] Cf. Wikipedia

[6] Autre attestation du monothéisme Kamit premier. Si les paroles sont au pluriel, la référence à Dieu est elle bien au singulier.

Vidéos Religion

View More

DERNIERS ARTICLES RELIGION