kizerboLa vision du panafricanisme, aujourd'hui centenaire, origine au tournant des xixè et xxè siècles en Amérique. KI-ZERBO1 observe qu'elle a emprunté le même parcours géographique que l'esclavage. En effet il peut être établi un parallélisme entre le commerce triangulaire négrier et le chemin triangulaire dessiné par le panafricanisme dans sa quête d'affirmation; autour des 3 continents africain, américain et européen.

La vision s'est forgée dans des conditions objectives précises et a été façonnée par la réflexion et l'action d'éminents précurseurs. Les congrès panafricains organisés au dans la première moitié du siècle ont constitué de grands moments d'évolution du mouvement panafricaniste.
 
 
 

 
02 souffrance
1-Le contexte historique démiurge du panafricanisme
Un ensemble de facteurs historiques est à la base de la naissance de l'idéal du panafricanisme à la fin du xixè siècle..
-Le premier facteur est à rechercher dans le fond des cales des navires négriers. Des documents historiques de valeurs incontestables renseignent suffisamment de nos jours sur les conditions exécrables dans lesquelles les esclaves noirs ont été déportés de leur continent vers l'inconnu des Amériques.

Enchaînés aux poignets et aux chevilles, entassées les uns contre et sur les autres, gisant dans le sang, les vomissements et les excréments ; les vivants et les morts se côtoient dans l'obscur des soutes des navires durant un long voyage de deux mois. L'enfer inhumain et traumatisant des négriers est le lieu de naissance d'un sentiment d'unité entre ces Africains de divers horizons.2
La communauté de traitements misérables que subissent ces esclaves Fon, Soussou, haoussa, Wolofs, Malinké, Ibo, Sérères etc., va engendrer une prise de conscience d'un sentiment d'unité entre ces esclaves qui font vite identifier le
 
 
 
1 Joseph KI-ZERBO, Histoire de l'Afrique noire, Editions Hatier, Paris, 1978, p.644.
2 Lansiné KABA, N'Krumah et le rêve de l'unité africaine, Editions Chaka, Paris, 1991 p 36.

dénominateur commun à eux tous : la couleur de leur peau. Ceux-ci vont manifester les premiers actes d'unité à travers les fréquentes révoltes à bord des navires. Ainsi le cauchemar du « middle passage » a généré une conscience d'unité autour du ciment de la race, que les leaders noirs de la diaspora « vont essayer de faire germer en une doctrine de régénérescence et d'unité culturelles et politiques »3.
Les conditions sociales esclavagistes subies par les Noirs en Amérique vont renforcer cette conscience d'unité. Ils sont soumis aux même traitements dans les plantations des esclavagistes blancs. Les esclaves vont développer de fortes relations de solidarités pour supporter l'oppression et résister à la servitude. La lutte pour l'abolition constituera une épreuve d'endurcissement de cette conscience unitaire.

-Un phénomène de contagion de pensée au xixè siècle va, à partir de l'Europe, gagner l'Amérique et contribuer à l'éclosion duArthur de Gobineau panafricanisme. En effet, l'Europe entière est agitée au xixè siècle par le nationalisme et les problèmes d'unité. Lancée au moment de la révolution française l'idéologie nationaliste se développera particulièrement durant ce siècle sur le vieux continent.
En Allemagne c'est l'heure du pangermanisme sous l'influence de penseurs comme FICHTE GOBINEAU et surtout de LIST. Le panslavisme est en vogue en Europe centrale et orientale. Le sionisme n'est pas en reste. Le débat politique, culturel et intellectuel, focalisé en Europe autour de ces concepts nationalistes va gagner les élites instruites de la Diaspora noire en Amérique ; par le contact de ceux-ci avec les migrants européens dans le nouveau monde.
Déjà séduites par l'histoire des anciennes colonies britanniques qui ont donné naissance aux Etats-Unis, les élites noires trouvent dans les débats nationalistes européens l'inspiration qui va forger leur propre vision sur la condition de leur race. Ainsi naîtra très vite l'expression de « pan-négroisme » qui serra vite abandonnée au profit de celle du « pan-africanisme ».
 Dubois
Du BOIS, un des plus éminents précurseurs du panafricanisme confirme cette influence des courants de pensés nationalistes européennes en établissant dans un article publié en 1919, le parallélisme suivant : « le panafricanisme signifie pour nous, les Noirs, ce que le sionisme doit signifier pour les Juifs, c'est à dire, la reconnaissance de notre identité dans la fierté, et le besoin d'œuvrer de toutes nos forces pour notre race »4.
Sous l'impulsion de ces facteurs, des précurseurs essentiellement fils de la Diaspora vont façonner théoriquement et par leurs actions le panafricanisme.
 
 
3 Ibid., p 37. 4 Ibid., p 45.
 
 
 
 

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