III- Les expériences africaines d'intégration régionales
balcanisationLes dirigeants africains ont dès les indépendances considéré l'intégration régionale comme stratégie économique car la balkanisation de l'Afrique (qui à travers sa partie subsaharienne a le sous-continent le plus morcelé) constitue un facteur de vulnérabilité économique, de marginalisation au plan international et de réduction des perspectives de croissance.

Dès les premières années de sa création et « bien qu'elle ne soit pas l'instigatrice directe des expériences régionales qui se multiplient dans le Tiers monde, la Communauté européenne contribue par son exemple à l'expression d'un régionalisme plus affirmé »16.
Les expériences d'intégration entreprises ont connu deux générations. La première génération s'étale sur les trois premières décennies post indépendances. La seconde plus récente, est postérieure à la chute du mur de Berlin.
 
1) La première génération d'expériences africaines d'intégration régionales
Quoique inspiré du modèle européen, le régionalisme de première génération qui gagne le Tiers monde, s'en différencie intrinsèquement. Sous l'influence théorique des économistes du CEPAL (commission économique des pays d'Amérique Latine) et de PREBISCH, les regroupements régionales optent pour des stratégies de substitution des importations pour protéger les industries naissantes contre les agressions du système économique international.

En Afrique toute une flopée d'organisations sous-régionales expérimente la stratégie de décrochage du système économique international.
En Afrique occidentale, la CEDEAO (communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et la CEAO (communauté économique de l'Afrique de l'Ouest) sont crées respectivement en 1975 et 1974.
En Afrique centrale, l'UDEAC (communauté douanière des Etats de l'Afrique centrale) créée en 1964 et la CEPGL (communauté économique des pays des grands lacs) créée en 1976 constitue les principales organisations.

Les expériences en Afrique orientale et australe sont assez tardives. La SADC (communauté de développement de l'Afrique australe) en 1980 et le COMESA (marché commun de l'Afrique orientale et australe) est créé en 1981.
L'Afrique du Nord se regroupe dans l'UMA (Union du Maghreb Arabe) en 1989.
Au Plan d'action de Lagos adopté en avril 1980 par l'OUA, est assigné le rôle de baliser le chemin du panafricanisme par la création d'une communauté économique africaine et d'u marché commun intégré. La mise en œuvre du plan doit se faire en deux étapes. Le renforcement des communautés économiques et de l'intégration doit préluder l'harmonisation des stratégies, des politiques et des plans de développement avec à la clé un Fonds Monétaire Africain.

16 Alice LANDAU, Multilatéralisme et régionalisme dans les rélations internationales in Daniel C BACH (sous la direction de:), Régionalisation, mondialisation et fragmentation en Afrique subsaharienne, Karthala, Paris, 1998, p 29.
Cette vague d'organisations d'intégration régionale relève essentiellement d'une conception volontariste qui a commandé des processus d'introversion.

Ces processus n'ont pas connu cependant les réussites escomptées. Les causes de ces échecs sont principalement la forte dépendance par rapport au marché internationale, les la perte de compétitivité des industries nationales, le manque de volonté politique et la non implication des acteurs de la société civile.
La faillite de la première génération d'intégration régionale pose la double question de l'utilité de la stratégie de l'intégration régionale ou au contraire de la nécessité de réviser les approches passées pour aboutir de véritables intégrations.
 
2) La deuxième génération des expériences africaines d'intégration régionale
 
L'inversion de la conjoncture économique mondiale au début de la décennie 1980 avec ses corollaires de crise de l'endettement et de déséquilibres macroéconomiques dans les pays du Tiers monde va justifier l'intervention des Institutions de Bretton Woods à travers les programmes d'ajustement structurel (PAS) dans ces pays. L'application des PAS en Afrique inaugure une période de « fin de la politique économique» nationale et la montée du mono économisme libéral.
Les PAS ont puent être considérés comme des processus d'apprentissages incitatrices à l'intégration régionale (QUIERS-VALETTE, 1991). Aussi les bailleurs de fonds prennent-ils en compte les dimensions régionales de l'ajustement.
 
Mais l'incitation est au « nouveau régionalisme » caractérisé principalement par l'adoption de stratégie commerciale d'intégration au marché international, l'harmonisation des politiques macroéconomiques dans un contexte de libéralisation poussée.
La création de la CEPA (communauté économique panafricaine) par le traité d'Abuja en 1991 inaugure une ère de mutation des organisations régionales.
 
La SADCC devient en 1992 la communauté de développement de l'Afrique centrale (SADC) et adoptant un programme d'intégration par le marché et de coordination des politiques sectorielles.
En 1993 la CEDEAO révise son traité et le marché commun de la COMESA est créée par les Etats membres de la ZEP.
La CEAO et l'UDEAC sont abolies au profit de l'UEMOA (union économique et monétaire ouest africain) et de la CEMAC (communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale) en 1994.
 
Ce renouveau de l'intégration régionale est marqué fortement par une prise en compte quasi-exclusive de sa dimension économique.
Dans l'ensemble on observe « une faible intensité des relations inter-africaines, une inversion des séquences attendues (ainsi l'intégration monétaire a-t-elle précédé l'intégration économique), un poids important des mouvements de monnaie et du facteur travail que des flux de marchandises et un rôle dominant des relations intra-régionales se déroulant hors des enregistrements comptables et de la réglementation »17.
(17 Phillipe HUGON, L'intégration régionale africaine : un processus contradictoire, in Jean COUSSY et Phillipe HUGON (sous la direction de :), Intégration régionale et ajustement structurel en Afrique sub- saharienne, Etudes et documents, Paris, 1991, p 21.

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