ouaELa seconde vague d'intégration régionale a touché les fondements de l'OUA.
Celle-ci a opéré une série de reformes institutionnelles pour s'adapter au nouvel environnement économique international et se conformer au nouveau régionalisme. Cependant les structures de base mêmes de l'OUA limitaient la portée de ces reformes.
Le vent réformateur qui soufflait sur l'organisation ne pouvait se contenter de rafistolages au sein de l'organisation panafricaine vieille de quatre décennies. L'Union Africaine allait voir jour à l'orée du nouveau millénaire et se trouver un bras économique ; le NEPAD. 
 
1-L'U.A. et le NEPAD : renouveau panafricaniste ou phagocytose néo- libérale
Au sommet de Syrte, le 9 septembre 1999, la déclaration des chefs d'Etat, « inspirés par les propositions faites par le colonel Mouammar Kaddaffi »18 annonçait, non sans moult tractations diplomatiques antérieures, la création de l'Union Africaine et mandatait le Conseil des ministres pour l'élaboration des actes constitutifs de l'Union à présenter au prochain sommet à Lomé en 2000, l'adoption des actes étant prévue pour l'année 2001.

Le 36è sommet de L'OUA tenu à Lomé en juillet 2000 voit s'affronter les divergences de vues sur la nouvelle union et rappelle à ce titre la conférence de création de l'OUA en 1963 à Adis Abéba ; d'autant plus qu'à Lomé également un compromis allait être trouvé aux divergences somme toute moins marqués qu'à la période des indépendances.
Le colonel Kadhafi qui a joué un rôle de catalyseur dans l'adoption de l'idée de l'union, défendait l'idée d'une organisation supranationale dont il souhaitait la mise en place immédiate. S'inspirant des leaders panafricanistes de la génération des indépendances et principalement de N'KRUMAH, il veut redonner vie au panafricanisme à travers son projet fédérateur des Etats-Unis d'Afrique.

18 Déclaration de Syrte in Jeune Afrique no 2019 septembre 2002 p 19.)

Il préconise la création d'une banque centrale, d'un fonds monétaire et d'une armée unique à l'échelle continentale. Le projet libyen en dépit d'une diplomatie très active en sa faveur ne rencontrera pas l'unanimité des Etats membres. D'autant plus qu'il fait face aux idées d'autres chefs d'Etat principalement Alpha Omar Konaré du Mali, Abdoulaye Wade du Sénégal et surtout le projet unioniste du président Thabo M'Béki.
Ce dernier est le principal rival du président Kadhafi dans la lutte engagée pour le leadership panafricain.
M'Béki forge à partir son concept de la Renaissance africaine, sa vision panafricaine qui met l'accent sur la démocratisation et le développement du continent. Le renouveau panafricain pour le président sud-africain, s'opère surtout par une approche beaucoup plus économique pour répondre au défi de la mondialisation en s'inspirant du modèle des Etats d'Asie du Sud-Est.

Les projets des deux leaders de l'Afrique australe et septentrionale s'opposent et polarisent la conférence. Un consensus est cependant vite trouvé et édulcore la vision très ambitieuse du Guide libyen.
Le consensus adopté à Lomé reprend certains principes clés de l'OUA comme l'égalité, la souveraineté, l'intégrité territoriale et la non-ingérence ; de même que la charte de 1963. Il affirme dans le même temps des innovations importantes comme le respect des règles démocratiques et la condamnation des changements anticonstitutionnels et le respect des droits de l'homme et la bonne gouvernance.
 
L'Acte constitutif dote la nouvelle organisation panafricaine de nouvelles structures dont les principales sont :
-La Conférence des Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union -Le Conseil exécutif des ministres
-La Commission de l'union dirigée par un président
-Le Parlement panafricain et la Cour de justice
 
L'UA s'inspire des expériences d'intégration régionale dans le monde principalement celle de l'Union européenne mais emprunte également beaucoup à la défunte OUA.
L'Acte constitutif de l'Union Africaine entre en vigueur au sommet de Lusaka en 2001 et son lancement officiel en juillet 2002 à Durban.
Le sommet de Lusaka adopte également la Nouvelle Initiative Africaine qui est la fusion des plans de développement des présidents Mbéki, Obansanjo et Bouteflika (Millénium African Plan MAP) et du président Wade (Plan Oméga). La mise en œuvre du NEPAD, nouvelle dénomination de la Nouvelle Initiative Africaine devra être assurée par l'UA.

Cet ambitieux programme de développement du continent, tout en affirmant son option régionale, veut trouver dans l'intégration au marché mondial et dans les financements étrangers aussi bien publics que les investissements privés les voies de son exécution. Déjà les principaux promoteurs du programme entreprennent d'intenses activités diplomatiques au plan multilatéral pour obtenir le soutien de la communauté économique et financière internationale.

Photo-7-NepadLa rhétorique qui porte le NEPAD ainsi que certaines options fondamentales du programme notamment la centralité du rôle accordé au secteur privé, la stratégie de développement basé sur les exportations et l'option d'insertion au système économique international qu'elle soutend, la quête insistante des investissements directs étrangers ; suggère que l'on interrogeât la nature réel du renouveau panafricain que l'UA veut concrétiser à travers ce programme.

L'UA est-elle l'expression véritable d'un renouveau panafricain qui saura enfin, après près de quatre décennies d'errance du mouvement panafricaniste, rassembler l'Afrique et la conduire vers son développement ? Ou au contraire, l'UA est-elle un simple avatar du « renouveau régionaliste » amorcé au début des années 1990 sous l'influence de l'idéologie dominante néo-libérale et par conséquent juste un détournement et une phagocytose néo-libérale de la trajectoire panafricaine ? La seconde interrogation ne semble pas à plusieurs égards farfelue et dénuée de sens. Bien au contraire, il faut même se demander si elle n'interroge pas un processus longtemps entrepris.

En tout état de cause la marche africaine vers son unité et pour son développement ne pourra s'opérer au bénéfice des peuples si elle est orientée canalisée, conduit et rythmée par l'extérieur et de l'extérieur. Le nouveau régionalisme légitimé par la dynamique de globalisation de l'économie-monde ne doit pas noyer les débats de fonds sur les orientations sociétales à donner aux dynamiques régionales.
Au demeurant ces dynamiques intégratrices semble défiées par le un mouvement inverse ; le localisme et le communautarisme qui accompagnent la globalisation.

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