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2-Fragmentation : un défi supplémentaire au panafricanisme
Un des paradoxes majeurs de la mondialisation est qu'elle s'accompagne d'un mouvement de fragmentation porté par les micro-nationalismes et le communautarisme. Les vagues successives du nationalisme spécifiquement le nationalisme anti-colonial de libération, ont laissé place à un néo-nationalisme contemporain caractérisé par son ethnicisation et le réveil des identités locales et ethnorégionales.
Cette vague mondiale touche le continent africain au moment où celui-ci vit une crise d'un Etat incapable de faire face à ses obligations socioéconomiques et de forger un pacte intégrateur des populations.

Les paramètres ethniques jadis utilisés par les colons dans leurs stratégies de domination ont été repris par les élites politiques africaines dans les compétitions pour la conquête et la conservation du pouvoir politique.
L'exacerbation du phénomène est observable sur le continent dans plusieurs pays avec un rôle central d'instigateur et joué par les intellectuels.
L'ivoirité est l'expression de cette production d'idéologies ethno-régionales qui crée et alimentent des cycles de violence intolérable et incontrôlable.
Le Burundi et Rwanda avec les centaines de milliers victimes des génocides, offrent les exemples les plus dramatiques de cette dynamique de production d'idéologies à effets fragmentaires et violentes.
Ailleurs au Cameroun, en Mauritanie, au Congo, en Centrafrique et un peu partout sur le continent, à la rescousse des élites politiques (quand ils n'en faisaient pas parti eux même), les intellectuels se sont majoritairement fourvoyés dans la conception et l'utilisation de ces idéologies micro-nationalistes et micro- chauvines et à potentiel élevé de violence.
Prenant le contre-pied des intellectuels dissidents qu'à connu l'Afrique pendant la période des indépendances (Cheick Anta Diop, Frantz Fanon, etc.) ; qui ont essayé de proposer des alternatives en faveurs de l'unité du continent, la plupart des intellectuels africains joue aujourd'hui un rôle de sous-traitance avec les élites politiques notamment en produisant une rhétorique de légitimation des pouvoirs en place ou tout au moins en opposant aux logiques en cours une passivité extraordinaire.
Ce rôle des intellectuels a été aux dépens d'un renouveau véritable du débat panafricain.
Tout au contraire, il constitue un facteur inhibant à l'indispensable renouveau du panafricanisme pour construire et apporter une réponse africaine adéquate à la mondialisation.
Il ne s'agit pas de nier la pertinence et la résurgence des préoccupations locales engendrées ou actualisées par la mondialisation. Mais force est de reconnaître l'intrumentalisation de ces exigences locales à des fins politiciens dont les résultats sont la fragmentation et les cycles de violence incontrôlables. La corrélation entre la montée des micro-nationalismes et l'émergence des conflits identitaires est à cet effet frappante.
Il ne s'agit pas non plus d'opposer une vision panafricaine totalisante ou atomisante à un continent ballotté entre le global et le local.
Le challenge est d'opérer à partir d'une conscience historique africaine retrouvée, le renouveau du panafricanisme en conciliant les légitimes demandes locales et l'exigence d'un ensemble continental unifié suffisamment fort pour repositionner l'Afrique à l'échelle mondiale.
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