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 le batteur tony allen en 2010

Le batteur virtuose, co-inventeur de l’afrobeat et ancien compagnon d’armes de Fela, s’est éteint à Paris à l’âge de 79 ans au terme d’une vie d’expérimentations musicales.

Le cœur de l’afrobeat s’est arrêté. Après Manu Dibango et Aurlus Mabélé, c’est au tour d’un autre géant de la musique africaine de quitter la scène. Le batteur nigérian Tony Allen est mort brutalement quelques heures après avoir été pris d’un malaise et transporté à l’hôpital Pompidou, à Paris, le 30 avril. On ne sait pas pour l’heure si le musicien âgé de 79 ans a été victime, lui aussi, du nouveau coronavirus.

Parmi beaucoup d’artistes et mélomanes, Angélique Kidjo, qui a collaboré à plusieurs reprises avec l’artiste, a salué sur les réseaux ce « bel esprit qui a changé l’histoire de la musique africaine. » La nouvelle a d’autant plus pris de court que Tony Allen semblait encore récemment en pleine forme. Fin mars, il livrait l’album « Rejoice », son treizième en tant que leader, fruit d’une collaboration avec le trompettiste sud-africain Hugh Masekela, disparu en 2018, mais aussi avec une nouvelle génération de jazzmen et bidouilleurs géniaux venus de tous horizons (dont Mutale Chashi, du groupe KOKOROKO).

Fédérateur

Batteur virtuose, le septuagénaire, souvent sapé comme un teenager, semblait toujours au-dessus de la mêlée : à cheval entre les continents, au-delà des modes, il fédérait dans les salles des fans de toutes origines et de toutes générations. « Le passé est passé, il ne m’intéresse pas, je veux être un homme du présent », nous avait-il confié lors d’un entretien en 2015, dans les locaux de sa maison de disques Harmonia Mundi.

Difficile de s’arracher aux pages des livres d’histoires musicales lorsque l’on a été le « beat » de l’afrobeat. Il revendiquait bien sûr cette étiquette, et l’invention, avec Fela Kuti, du genre à la fin des années 1960. C’est en s’inspirant du jeu de jazzmen américains (Art Blakey, Max Roach…) qu’il s’est forgé un style unique, avec des pulsations fournies à la charley et la cymbale. Les boucles hypnotiques du batteur, tenues parfois plusieurs dizaines de minutes, ouvraient la voie à la transe.

La légende dit que Fela devra le remplacer par quatre batteurs pour retrouver l’intensité de son jeu

Catégorie : ARTICLES ARTISTES
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