metadia abbyrossS’il a créé la surprise dans le passé en surgissant avec un reggae séduisant tant par sa maturité que par sa fraicheur, Meta Dia voit d’abord dans cette musique le support le plus approprié à ce qu’il veut faire passer. L’ex-rappeur sénégalais, basé à New York depuis quinze ans, impressionne autant qu’il peut dérouter sur son troisième album intitulé Hira.

"L’islam est une religion de paix. L’islam ne prône pas la violence ni la guerre. L’islam ne tue pas au nom de Dieu." Lors de la présentation de son nouvel album à New York, il y a quelques jours, Meta Dia a pris le temps, sur scène, de faire entendre un autre discours que celui diffusé par le locataire actuel de la Maison-Blanche. Le longiligne Sénégalais, devenu citoyen américain, sait de quoi il parle, lui qui est issu d’une famille d’imams. Loin de se sentir menacé ou d’accabler le candidat républicain devenu chef d’État, il préfère voir ce que la situation a de positif : "Donald Trump a mis le doigt là où ça fait mal, et au moins on peut localiser la blessure, pour pouvoir la soigner."

Comme s’il avait voulu répondre aux maux dont souffre la société dans laquelle il vit, il a placé la spiritualité au cœur de son troisième disque. Hira fait référence à la grotte où le prophète Mahomet méditait. "Toutes les chansons sont reliées entre elles, mais ont aussi chacune leur propre signification", précise le chanteur qui voit une sorte de parcours intérieur entre le premier et le treizième titre. Un moyen de "se trouver", de "rassembler les pièces du puzzle", d’"être libre". "La plupart du temps, on est occupé à regarder dehors et jamais en nous. Pourtant, c’est l’énergie qu’on projette qui affecte le monde", ajoute-t-il.

Chez VP Records

Sur le plan personnel, il ne cache pas que cet album lui a permis de "se reconnecter avec la musique". Car paradoxalement, bien qu’il ait été encensé à juste titre à sa sortie en 2013 et qu’il lui ait permis de tourner plus fréquemment en Europe, le précédent CD Ancient Power a provoqué un profond malaise chez Meta. Au point de couper en lui toutes les sources d’inspiration pendant un long moment. En cause, le décalage entre ce qu’il voulait montrer et ce sur quoi l’attention s’est portée.

Pourtant, il avait réalisé un sacré coup : après avoir enregistré dans les studios de la famille Marley à Kingston avec quelques pointures locales, il avait été pris sous l’aile de VP Records, faisant de lui le premier artiste africain à collaborer avec la principale maison de disques reggae de rayonnement international ! S’il en a tiré d’incontestables bénéfices, le Sénégalais a le sentiment a posteriori que l’emballage a davantage compté que le contenu, et que cela a fait de lui un artiste étiqueté, labellisé "reggae africain". Exactement ce qu’il voulait éviter.

Pour Hira, il s’est donc efforcé de se détacher de ces clichés qui collent toujours à la musique jamaïcaine. Et de maintenir la barre au moins au même niveau. Un challenge, dans son cas, surtout en restant son propre producteur. Mais impossible n’est pas Meta : lorsqu’il découvre sur Internet les studios Real World de Peter Gabriel, il est convaincu que c’est dans ce haut lieu de la musique que la suite de l’histoire doit s’écrire.

Trop cher ? Après la réussite de l’opération de crowdfunding qu’il lance au printemps 2015, le voilà en Grande-Bretagne, là où tant de stars africaines ont enregistré. Avec lui, l’équipe de musiciens qu’il a constituée au fil des tournées et qui, en live, joue avec une densité rare : on y trouve notamment l’Ivoirien Biguy, ancien batteur de Tiken Jah Fakoly ; l’époustouflant guitariste français Kubix, croisé à La Réunion ; la Japonaise Aya Kato, qui vit physiquement les sons de ses claviers ; ou encore le Jamaïcain Rupert McKenzie, bassiste dansant.

Souvenir de Meta Crazy

Dans la foulée, la formation au complet s’envole pour le Sénégal. Moment fort en émotion : pour la première fois, Meta a l’occasion d’y jouer en configuration reggae. Certains médias locaux, qui commentent sa prestation au théâtre national de Dakar, l’appellent encore par son ancien nom de scène : Meta Crazy "Un souvenir de l’époque où j’étais dans le hip hop", explique-t-il.

Le jeune homme d’alors, petites tresses et pantalons tombants, avait même été distingué lors des Espoirs du rap sénégalais organisés par le centre culturel français local. "Comme je ne viens pas d’une famille de griots, je n’aurais pas dû faire de la musique et, au début, tout le monde était contre moi, en particulier une de mes tantes qui me punissait tout le temps", se souvient-il.

Mais c’est la réaction de son père, parti vivre aux États-Unis pour y enseigner l’islam, qu’il redoute le plus. À tort. C’est lui qui produira la première cassette de Meta et de son groupe Yalla Suuren, séduit par l’attitude contestataire de son fils. En retour, il exige de lui une promesse : rester loin de la drogue.

Partager le message

Quand le rappeur quitte son pays en 2001 pour rejoindre les membres de sa famille déjà installés outre-Atlantique, avec l’objectif de donner une autre dimension à sa musique, il réalise rapidement que "la réalité du hip hop américain" n’est pas la sienne. Sean Blackman, un musicien de jazz touche-à-tout rencontré à Detroit, l’emmène vers d’autres influences. Le déclic se produit en entendant Coming In From The Cold de Bob Marley. "Je me suis dit que le reggae pouvait être ce véhicule pour continuer à être spirituel et partager mon message", analyse-t-il.

L’apprentissage se fait en un temps record. Difficile de croire qu’il n’a même pas trois ans de reggae à son actif quand sort son album Forward Music, en 2008. Sidney Mills, membre du groupe de reggae anglais Steel Pulse, et le Jamaïcain Larry McDonald, percussionniste de Gil Scott-Heron et Taj Mahal, prodiguent conseils et encouragements à ce débutant prometteur qui, derrière la caisse du petit supermarché de la chaine Trader Joe’s où il travaille à New York, peaufine ses textes, améliore son anglais au contact des clients.

"On t’apporte notre soutien pour ton rêve", lui dira même son employeur, en joignant les dollars aux paroles à l’époque d’Ancient Power. La bienveillance que Meta Dia suscite de toutes parts est à la mesure de celle qu’il exprime. Un cercle vertueux.

Meta and the Cornerstones Hira (Meta dia Publishing) 2017

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